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 L'apprentissage de l'Art Sacré Gwadaran

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Aphykit
Invité



MessageSujet: L'apprentissage de l'Art Sacré Gwadaran   Jeu 3 Nov - 15:25

Talboubarn marchait seul dans la lande désolée, le corps battu par les rafales violentes du vent froid. Ses pieds nus glissaient sur le gel qui recouvrait, uniforme, cette terre inhospitalière. Une fine neige tombait, et depuis longtemps les longs cheveux du jeune homme avaient gelé, entourant son visage d'un cascade d'argent. Cela faisait maintenant treize jours déjà qu'il marchait, sans nourriture ni repos, à travers les immenses étendues de glace mais son moral n'était nullement entamé. Son esprit avait délaissé son corps et baignait dans le lac bienfaisant du "ki", la force vitale et l'énergie des Moines Gwadaran. Il entendait la douce pulsation de l'Antra, le Chant de Vie, résonner, paisible, dans sa tête. Il se sentait en parfaite sécurité. La grande marche dans le froid faisait partie des épreuves du parcours initiatique, et de toute évidence il franchirait cette étape avec une grande facilité. Il oubliait le froid, la solitude, la souffrance de ses membres endoloris et recevait toute la lumière de ses souvenirs, qui défilaient dans sa tête pendant ces moments de méditation intense.

...........

Il se revoyait enfant, en cette après-midi brûlante de juillet où il s'était, une nouvelle fois, assis depuis des heures, en face d'une pierre. Il la regardait avec fascination. Une vieille légende circulait, dans son village, selon laquelle en un temps lointain, "l'Age Glorieux", les hommes arrivaient à soulever les pierres et d'autres objets par la simple force de la pensée. Depuis, une gigantesque catastrophe avait eu lieu, plongeant les peuples de la terre dans une misère sans limites, amenés à manger des larves et des rongeurs, survivant à l'aide de l'eau croupie dans les lacs déséchés où jadis s'étendaient, indolent, la courbe humide de grands océans. Cependant, une prophétie raconte qu'un homme pourra retrouver le moyen de communier avec la nature, retrouverait l'unité perdue. Cet homme, Talboubarn espérait que ce serait lui.
En cette après-midi ardente, il avait une nouvelle fois quitté ses camarades de jeu, les enfants de son âge, et, loin de tout le bruit du village, il s'était assis au milieu d'un champs. Depuis des heures, il contemplait fixement un rocher qu'il tentait, sans succès, de faire bouger. La pierre conservait une immobilité agaçante, et, Talboubarn, indiposé par le soleil, s'apprétait à retourner chez lui, déçu une fois de plus. Il allait se lever quand une démarche légère se fit sentir derrière lui.
"Ce n'est pas comme cela qu'il te faut t'y prendre, mon enfant".
Talboubarn se retourna, étonné. L'homme qui avait parlé était un vieillard squelletique qui conservait, malgré la pauvreté de sa tenue, une grande noblesse dans le maintien.
"Tu parles à cette pierre comme si tu lui donnais un ordre, tu exiges d'elle qu'elle se mette à voler. Or, elle, elle n'a pas besoin de toi, elle a une existence complète et finie dans ce champs, elle est ce qu'elle doit être : une pierre. Mets-toi bien ça dans la tête ! Elle n'a pas d'ordre à recevoir d'un enfant. Si tu veux qu'elle bouge, il faudra que tu lui demandes cela plutôt comme une prière, une faveur qu'elle te ferait. Apprends l'humilité, mon garçon, c'est la première chose que tu dois savoir du Monde. En aucun cas il ne t'obéira, mais si tu le comprends, tu pourras influer sur lui..."

........

Une présence menaçante sortit Talboubarn de la beauté de son doux souvenir, et le rappela à la réalité. Le son de l'Antra avait brusquement accéléré de s'était mué en bruit sourd et saccadé, une musique de combat. Le Son de Vie le prévenait d'un danger. Chevauchant à travers les étendues de glace, des cavaliers approchaient rapidement. Ils étaient trois, et tous possèdaient des armes. Les hommes de cette région déserte étaient sauvages, et n'hésitaient pas à recourir au canibalisme pour se nourrir. Aucun étranger ne traversait ces territoires interdits, l'endroit était jugé très dangereux. Cependant Talboubarn n'était pas en danger. Si le jeune homme avait voulu connaître les intentions des cavaliers, il lui aurait suffit de sonder leurs esprits primitifs, mais il ne voulait pas se servir de ses pouvoirs. Le but de la grande marche était de revenir aux sources de l'enseignement Gwadaran : travail du corps et de l'esprit, développer son endurance mentale et physique. Talboubarn laissa donc les barbares s'approcher sans chercher à se défendre, il posa son long bâton dans la neige et les attendit, immobile. Se souvenant des pratiques de base de l'Art Martial Gwadaran, il fit craquer ses muscles, étendit longuement son corps et, fermant les yeux, il imergea totalement son esprit dans le Ki, la force vitale des Moines. Il regarda les nouveaux venus avec sérénité.
Comme il s'en était douté, le premier cavalier flagella son poney polaire à l'aide d'une cravache rudimentaire taillée dans une ronce, puis, lorsque son cheval accèlera, il fondit sur sa jeune proie immobile. Il extirpa de sa selle une longue lance, et, s'approchant de Talboubarn, la jeta à pleine puissance en poussant un grand cri. Le trait partait en sifflant en direction du thorax, la mort était certaine, le coup précis.
Talboubarn regarda avec insistance la lance, la permutation mentale fut instantanée. "Je suis une lance. Je suis cette lance. Je vole à pleine vitesse dans l'étendue de glace. Je ressens la caresse du vent frais sur le bois dont je suis constitué. Je suis long et fin, dur et cassant. Mon corps est composé de bois auquel est ajoutée une lame froide de métal. Ma course est meurtrière et je ne désire pas perforer ce jeune homme qui se trouve devant moi et vers lequel je fonce. Je m'arrête et je me pose paisiblement dans sa main. Voilà."
Talboubarn ouvrit les yeux. Il tenait dans sa main droite la lance que venait de lui jeter, brûtal, le barbare. Ce dernier restait assis sur son poney polaire entouré d'une longue fourrure blanche, stupéfait par un tel prodige.
Fou de rage, il dégaina son épée et sauta au sol. Ses lourdes bottes en peau de bête percutèrent violemment le sol glacé et s'enfoncèrent de plusieurs centimètres dans la neige. L'homme s'approcha en courant de Talboubarn et chercha à l'atteindre avec son épée. Le jeune homme, les mains croisées derrière le dos, très grave, esquiva les coups avec une grande facilité. Agile, il s'écartait, se baissait, se penchait d'un côté, de l'autre; avec une vitesse fulgurante, tandis que le barbare s'agitait inutilement. L'art du Gwadaran permettait à Talboubarn de prévoir le mouvement de son adversaire plusieurs secondes à l'avance, esquiver les coups était extrêment aisé. Le Barbare était par ailleurs précipité, imprécis, désespéré. La colère se lisait dans ses yeux rouges injectés de sang, il s'épuisait en vain. Enfin, Talboubarn saisit au vol de sa main nue la lame tranchante de l'épée et l'arrêta net, au milieu de sa course meurtrière, sans que sa main ait la moindre égratinure. Il déclara "Tu ne peux rien contre moi, et je ne te veux aucun mal. Je viens en paix, brave homme. Serrons-nous la main."
Le cavalier était essouflé et très étonné, il reprit son souffle. Talboubarn, toujours baignant dans le lac du "Ki", étudiait son environnement immédiat en détachant son esprit de son corps. Le son de l'Intra résonnait sainement dans son esprit, la situation était clairement sous contrôle. Embrassant la plaine d'un regard circulaire, il se rendit compte que les deux autres barbares s'étaient éloignés de plusieurs mètres et que l'un d'eux, discrètement, bandait son arc. La flèche noire partit en sifflant dans l'air froid, Talboubarn se laissa doucement tomber en arrière pour l'éviter. Se voyant de l'extérieur tomber au ralenti, il s'apprétait déjà à ressentir la caresse froide de la neige entourer son corps comme un cocon de plume...

...................

Talboubarn regardait avec des yeux étonnés le vieil homme qui se tenait dans la plaine ardente. Bien qu'il ne le connaissât point, il sentit comme une sorte d'étrange complicité avec ce vieillard étrange. Le tutoiement fut naturel.
"Qui es-tu ?"
- Je m'appele Kamahadi, mais je suis plus connu sous le nom de "L'homme qui marche". N'as-tu jamais entendu parler de moi, dans ton village ? Je sais que beaucoup de légendes circulent à mon sujet, toutes très... exagérées, d'ailleurs", ajouta-t-il avec un petit sourire de modestie. Il poursuivit :
"Que sais-tu sur moi ?"
Talboubarn avait entendu beaucoup d'histoires sur cet "homme qui marche", ces histoires que les adultes racontaient dans les grottes, assis autour des feux de camps. Talboubarn les épiait en cachette, le soir, il n'était en effet pas autorisé à rester debout à la tombée de la nuit et devenait dormir avec les enfants. Bien sûr, plus tard, il apprendra l'art de la chasse, il saurait comment ramper dans la boue avec un arc pour abattre un sanglier, il apprendrait les danses tribales qui amènent la pluie, et saurait se peindre le visage pour attirer la chance. En attendant, il devait rester avec les "younes", les enfants, et ne pas déranger les adultes. En écoutant les paroles basses des chasseurs, il avait compris que tout le monde redoutait ce vieillard rôdant seul comme une bête sauvage, dans les montagnes, ne se nourrissant pas, et qui passait pour être maudit et avoir des pouvoirs maléfiques. Cependant à la seule vue de cet être noble et beau, Talboubarn comprit que ces légendes étaient fausses, "L'homme qui marche" était tout autre.
"Non, je n'ai jamais entendu parler de vous".
L'homme passa une main affectueuse dans les cheveux broussailleux de l'enfant. Celui-ci comprit aussitôt qu'il avait menti, que le vieillard le savait mais qu'il ne lui en voulait pourtant pas, car comprenant les raisons de ce mensonge : Talboubarn ne le voulait pas blesser.
"Tu ne sais rien de moi, je vais donc te raconter mon histoire. Il y a de cela encore 30.000 ans, les hommes vivaient en parfaite harmonie avec les forces de la nature. Suite à une gigantesque guerre nucléaire, les hommes mourraient tous de faim et alors la Nature est venue au secours de l'Humanité, en "s'offrant à elle". Les poissons se précipitaient dans le filets des pécheurs, les antilopes se laissent capturer sans bouger, et les pierres se mirent à obéir aux hommes. Notre civilisation gigantesque et propère était à son apagée, les grattes-ciel gigantesques s'étendaient à plusieurs kilomètres de haut, les villes regroupaient plusieurs centaines de milliards d'invididu, et les campagnes foisonnantes fournissait à tous la nourriture dont ils avaient besoin. La Nature était généreuse, car un ordre la maitrisait : les Kendos, ancètres des Gwadaran. Ceux-ci représentaient la suite de l'ordre Bouddhiste, et parvenaient grâce à une décarnation complète à ressentir les besoins et les aspirations de la nature et d'influer sur celle-ci. Ces techniques étaient enseignées dans toutes les écoles publiques et chaque individu pouvait ainsi communier avec la Nature. C'était une période d'abondance et d'harmonie que ton entendement ne peut pas concevoir. J'étais moi-même l'un des Maîtres Kendos les plus doués.
Mais, comme toujours les plus sages ne sont pas au pouvoir, et le pouvoir appele la folie....
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L'apprentissage de l'Art Sacré Gwadaran

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